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CO de 2019-2018/CO n° 1223 du 6 juillet 2019/Première page

Première page

Éditorial: Le chômage, un poison social que seule la mobilisation générale des travailleurs pourra régler

Selon les chiffres publiés récemment par Pôle Emploi, le taux de chômage stagnerait en Martinique à 18% et il serait en légère baisse en Guadeloupe au premier trimestre de cette année à 23%. Cela signifie qu’environ un travailleur sur quatre ou sur cinq serait privé d’emploi. Quand on analyse la situation économique et sociale de ces territoires, on a du mal à croire que le chômage régresse vraiment.

Les chiffres officiels ne prennent pas en compte les personnes qui ne sont inscrites nulle part en tant que demandeur d’emploi, ainsi que celles systématiquement radiées de Pôle Emploi. Les radiations ont deux avantages pour les autorités : tout d’abord, elles permettent de tirer artificiellement les chiffres du chômage vers le bas. De plus cela permet de se débarrasser d’un certain nombre de chômeurs à indemniser et ainsi de récupérer les sommes qui leur reviendraient de droit. Une très grande partie des emplois existants sont précaires.

Ce sont des CDD (contrats à durée déterminée) de quelques jours, et parfois de quelques heures, ou des emplois intérimaires. Pour les jeunes, ce sont des services civiques ou d’autres dispositifs, inventés par les gouvernements successifs, où une bonne partie du salaire est prise en charge par l’État. Tout ceci fournit au patronat une main d’œuvre de plus en plus bon marché. Le chômage est un fléau. Aux Antilles, dans certaines familles, il y a trois générations de personnes sans emploi. Quand un membre de la famille a un salaire, il doit faire « vivoter » parfois plusieurs personnes. Pour les jeunes de moins de 25 ans, plus de la moitié sont sans emploi. Cette inactivité nourrit chez cette jeunesse le sentiment de ne pas être utile à la société.

Le désœuvrement les entraîne souvent dans la délinquance et les trafics en tous genres, l’autodestruction dans la drogue ou dans d’autres paradis artificiels. Cette jeunesse devient sans foi ni loi et parfois violente car elle a l’impression de ne rien avoir à perdre. Ceux qui ont les moyens quittent ces départements espérant une meilleure situation et beaucoup ne reviennent pas. Cette migration menace la Martinique et la Guadeloupe d’être les départements où il y aura le plus de personnes âgées. Par ailleurs, le chômage pèse aussi sur les salariés à qui il est fait un chantage permanent. Combien de salariés font le travail de deux ou trois personnes ? Combien se sont vus imposer des heures supplémentaires ou des conditions de travail inhumaines sous peine d’être licenciés ?

Dans les départements français d’Outremer, le chômage est endémique. Il y a quelques jours, l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) constatait que la différence entre le taux de chômage en France hexagonale et celui dans les départements d’Outremer « reste marquée ». En effet, plus que marquée, le chômage est deux fois, voire trois fois plus élevé dans les ex-colonies de la France. Il est de 9 % en France hexagonale alors qu’il est de 18 % en Martinique, 19 % en Guyane, 23 % en Guadeloupe, 24 % à la Réunion et 35 % à Mayotte. Cet énorme écart est-il un hasard ? Non. Ces régions sont parmi les plus défavorisées de France, les plus touchées par les bas salaires et par la vie chère et où il y a le plus de foyers dépendants des minima sociaux. Et avec la crise économique qui s’aggrave de plus en plus, la situation ne peut qu’empirer. Quand on dit que ces territoires subissent les séquelles du colonialisme, les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Pour diminuer le chômage, il faudra exiger du patronat et de l’État la répartition du travail entre tous sans diminuer les salaires, et l’interdiction des licenciements. Les mieux placés pour défendre ces revendications collectives sont les travailleurs, qu’ils aient un emploi ou pas, en se mobilisant massivement dans les entreprises et dans la rue. .


Martinique: Les salariés de la SMDS ont gagné la bataille

Il a fallu plusieurs jours d’avertissement, plusieurs assemblées générales, l’appel à la grève et la manifestation des salariés dans les rues de la ville de Sainte-Marie pour faire reculer les élus de Cap Nord Martinique (Communauté d’agglomération du pays Nord). En effet, ces derniers avaient bel et bien voté la décision de transférer la concession du service public de l’eau de la SMDS (Société Martiniquaise de Distribution et de Services) au bénéfice de la SME (Société Martiniquaise des Eaux), avec à la clé plusieurs suppressions d’emplois.
Mais que sait-on des pratiques de la SMDS et de la SME ?

Que l’on parle de la SME (Filiale de Suez) ou de la SMDS (Filiale de Saur), on parle de sociétés multinationales car elles sont adossées à des filiales de grands groupes financiers français qui interviennent à l’international sur le contrôle du marché de l’eau et de l’assainissement en Afrique, en Europe, en Asie et en Amérique du Sud.

Ce sont des multinationales qui contrôlent les installations d’assainissement collectif d’État ou non collectif, la gestion des clientèles, les études d’installations et la distribution d’eau potable dans les grandes métropoles. Conséquence de cette mainmise, récemment, lors d’une enquête sur le contrat liant l'agglomération de Nîmes Métropole et la Saur il a été constaté qu’une marge trop importante avait été effectuée par la société Saur et que les Nîmois payaient donc leur eau entre 30 et 40 % trop cher.

D’ailleurs, ce même constat de falsification à grande échelle pourrait être fait pour la SME, qui a bien appris la leçon, d’abord avec le géant La Lyonnaise des Eaux devenu ensuite le Groupe Suez, puisque cette société locale a fait l’objet de moult contestations de factures par les consommateurs d’eau du Sud de la Martinique.

Ces présentations étant faites, on peut donc comprendre la méfiance qui a animé le collectif des salariés syndiqués à la CGTM. Car c’est précisément à l’occasion du transfert de ce marché de l’eau de la région Nord-Caraïbe, de la SMDS vers la SME, que les travailleurs se sont rendu compte que c’est à leur détriment que la SME avait raflé le contrat, puisqu’elle avait dans sa transaction envisagé de licencier plusieurs salariés. Et c’est bien ce marché de dupes qui mit le feu aux poudres. L’intervention du syndicat de salariés fut rapide, la confusion de genre entre la SME et les élus de Cap Nord, qui envisageaient de supprimer plusieurs emplois, fut rapidement dénoncée. Et très rapidement les salariés ont envisagé de donner une suite à leur révélation.

C’est ainsi qu’une assemblée générale de mobilisation du personnel s’est tenue au siège social de la société, à Sainte-Marie. Les salariés, refusant de vivre dans une angoisse permanente, ont décidé à l'unanimité de lancer un préavis de grève. Avec, à la clé, un ultimatum qui consistait à dire que si avant trois jours aucune garantie n'est apportée concernant le transfert de tout le personnel qui travaille actuellement sur le marché de Cap Nord, vers la SME, rien ne sera plus comme avant, car il n’est pas question que se fasse une transaction sans le maintien de tous les emplois !

Cette détermination a porté ses fruits. En effet la réaction publique n’a pas traîné puisqu’au lendemain de la mise en œuvre du préavis de grève déposé pour le 18 juin, dès le 19 juin, la décision du tribunal administratif d’annuler la transaction est tombée. Il ne fallait pas plus pour satisfaire les salariés mobilisés qui décidèrent, dès lors, de suspendre leur mouvement de grève en faisant la preuve encore une fois que c’est la lutte qui a payé.


Guadeloupe: SIAEAG : Fin de la grève, la détermination des agents a payé !

Après une grève commencée le 7 mai 2019, et plusieurs séances de négociations avec Christian Baptiste qui remplaçait le président du SIAEAG Laurent Bernier, empêché, un relevé de décisions a été acté le 19 juin dernier.  

Cette grève avait été déclenchée pour le respect d’un protocole d’accord signé le 4 avril dernier et la direction s’engageait à accorder 12 points de rattrapage aux agents sur leur salaire. Elle a cherché tous les prétextes pour ne pas payer en essayant de diviser les travailleurs mais ces derniers ne sont pas tombés dans le panneau. La direction s’engage à payer le salaire du mois de juin ainsi que tous les jours de grève.

Les tickets restaurant ont été remis le jeudi 20 juin sur les sites de Sainte-Anne et de Colin Petit-Bourg. Certains agents avaient déjà débarqué à Jarry le 14 juin pour récupérer leurs tickets restaurant que la responsable de la régie, Mme Maisetti, refusait de leur remettre. La direction s’engage à revaloriser les salaires sur la base de l’équivalent de 12 points sur le salaire du mois d’août 2019. Les rappels de salaires de l’année 2019 seront effectués à compter du mois de septembre 2019 et un courrier sera adressé à l’ensemble des agents pour les informer des engagements pris. Le travail a repris le vendredi 21 juin après le nettoyage des locaux.

La direction a tout fait pour diviser les agents en refusant d’appliquer un accord déjà signé en juin 2017 et non respecté. Une grève avait eu lieu en avril 2019 pour faire respecter l’accord et l’entêtement de la direction à ne pas le respecter fin avril a déclenché cette nouvelle grève qui aurait pu être évitée. Les agents ont eu raison de rester mobilisés et ils ont obtenu gain de cause, car il s’agissait tout simplement que la direction respecte un accord signé par la CGTG et qui bénéficiait à l’ensemble des travailleurs.    


Gaddarkhan : et de deux !

Après Jacques, c’est au tour de José d’avoir des ennuis avec la justice pour des malversations financières supposées. Il est passé devant le tribunal le 18 juin pour non-déclaration de revenus, non-versement de la TVA, et faux documents. À chaque fois il a expliqué qu’il n’était responsable de rien. Ben voyons !

Ce qui est certain, c’est que les revenus de José Gaddarkhan sont bien confortables. Suite à son passage au tribunal, on a appris qu’il a touché 600 000 € de revenus en 2013 et 2014. Ça fait 25 000 € par mois. La prochaine fois qu’il dira qu’il ne peut pas augmenter les salaires, les travailleurs sauront quoi lui répondre…  


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